La saga Honor Harrington

La saga Honor Harrington, c'est quoi ?

C'est un space opéra écrit par David Weber. Publié en France aux éditions l'Atalante, la série principale a 13 livres. Dans la version française, il y a un livre unique jusqu'à 5ème, puis c'est divisé en deux tomes, ce qui fait 21 livres en tout. A côté, il y a des recueils de nouvelles ou des histoires complètes qui se placent dans l'honorverse, tous n'ont pas encore été traduits en français. Une douzaine de livres sont concernés, tous n'ont pas été écrit par Weber, pour plusieurs d'entre eux, il s'agit de collaboration.

Ça parle de quoi ?

Plusieurs millénaires après la diaspora de l'humanité vers des étoiles lointaines, nous découvrons plusieurs systèmes stellaires avec leur histoire propre. Si la Terre est toujours habitée, et représente une force non négligeable de la galaxie, les descendants des colons ne sont pas en reste. Pour ne pas spoiler, nous ne présenterons que deux nations : Manticore et Havre. La première est une monarchie constitutionnelle, clairement inspirée de l'empire britannique. Bien que ne possédant que trois planètes dans un seul système stellaire, le trou de vers qu'y trouve, moyen rare de passer rapidement d'un système stellaire à un autre, lui a permis d'asseoir une richesse non négligeable. Quant à Havre, son empire s'étend sur plusieurs systèmes solaires. Etouffé par des sommes toujours plus grandes à verser à ses allocataires, l'inspiration là est soviétique, les dirigeants de Havre tournent leur regard vers la fortune manticorienne.

Mais alors, ce n'est que du piou piou (Version spatiale du "pan-pan" terrestre) ?

Que nenni ! En fait, on pourrait même aller jusqu'à dire que les combats spatiaux ne sont qu'une toile de fond, un moyen d'amener des histoires menée par la politique, la manipulation et autres petits plaisirs bien humains. Si on se dit, au début, que les "gentils" sont que des gentils et les "méchants" que des méchants, on révise rapidement son jugement, quittant ce manichéisme, en comprenant que des ordures, ou des gens bons, il y en a dans tous les camps.

Sinon, un avis dans tout ça ?

Commençons par le plus positif : les personnages, sûrement parce que c'est ce qui m'aide à apprécier ou non une histoire : leur diversité, et il y a un très grand nombre de personnages, que ce soit sur leurs origines, leur façon d'être etc.. Si certains sont très carrés, d'autres sont tout en nuance. L'auteur réussit à nous faire aimer ou totalement détesté certains d'entre eux ; pour d'autres, la révision du jugement s'opère progressivement.
Weber réussit à renouveler sa saga, quand arrive le second arc narratif, qui s'emboite parfaitement avec le premier, aucune lassitude, ou impression de répétion ne s'installe.
Les dialogues sont vivants, c'est un exercice que tous les auteurs ne maitrisent pas. Certains oublient des personnages pourtant présents dans la pièce, d'autres ont du mal à lier les répliques (avoir des "il-dit" pour chacune, ça devient vite lassant.).
L'auteur prend des éléments historiques, comme les batailles navales, des périodes comme la révolution française, des systèmes politiques et s'en sert pour donner un contexte cohérent à sa saga.

Concernant le négatif, le premier n'est pas du fait de l'auteur mais de l'éditeur : 20 euro le livre, qui donne 40 euro pour chaque histoire, ça reste très élevé. Certes, la couverture est très belle, la qualité est bel et bien présente, mais ça reste cher. Pour info, une version de poche existe mais pour seulement les cinq premiers.
Une autre chose qui a pu me gêner, c'est l'aspect technique. Il y a parfois plusieurs pages à la suite pour expliquer pourquoi tel missile est capable dorénavant de faire tel ou tel truc. C'est moche, mais j'en suis venue à passer ces pages, lisant en diagonal pour savoir quand reprend l'histoire. Heureusement, l'auteur en fait nettement moins au fur et à mesure de ses écrits, mais le tout premier livre, c'est vraiment parce qu'on m'avait chaudement recommandé cette saga que j'avais poursuivi cette lecture.
Enfin, surtout dans le premier arc, certains systèmes politiques sont très caricaturaux. Limite, on se dit qu'on peut facilement détecter les préférences de l'auteur. Ça peut rebuter certains lecteurs mais j'aurais alors envie de leur dire qu'on finit par s'y habituer et que ça ne dénature en rien la qualité de l'oeuvre.

Et si on arrivait à la conclusion maintenant ?

Si vous aimez le space opera avec des intrigues politiques, des personnages bien construits, c'est vraiment une saga à lire. Je vous conseille de visiter le site de l'auteur, si l'anglais ne vous rebute pas, où vous pourrez y trouver des extraits de ses prochains livres, voire même des histoires complètes. Il y a une vraie volonté de mettre en avant le numérique qui est plaisante.

Si vous avez lu cette saga et que vous désirez partager votre avis, n'hésitez pas à le faire dans les commentaires. De la même façon, si vous constatez une erreur dans cette revue, et que vous l'exprimez, je ferai rapidement les corrections, après les flagellations qui seront de mise.

2 thoughts on “La saga Honor Harrington

  1. Il y a quelques points sur lesquels je diverge :
    – l’aspect technique. Ça fait partie de l’aspect « science-fiction » plutôt que juste space opera de la série, par exemple quand il explique le fonctionnement d’un trou de ver et ses implications sur l’économie des systèmes, leur influence politique, ou encore le principe d’une embuscade.
    Si tu parlais uniquement pour les technologies militaires, ça peut aller en longueur, mais ça fait partie de la mise en contexte. On nous bassine pas mal avec la douleur d’Honor et la façon dont space Jesus se sent responsable de chaque mort et souffre même pour ses ennemis ; en parallèle, ces descriptions rappellent le caractère froid et clinique de ces batailles, les affrontements impersonnels. Ca aide aussi à remettre en perspective les opinions de certains des personnages, les attitudes de certains groupes (surtout lorsqu’il s’agit d’être surclassé technologiquement et des portes de sortie que ça laisse).

    – les opinions, justement ! Même si sur le plan très général (et encore ! mais pas de spoilers) on a justement tendance à éviter le manichéisme avec des gens qui ont leurs raisons d’agir et motivations, dès qu’on s’approche un peu des situations plus particulières et des principales personnes impliquées, on y vire aussitôt, et fort. On n’a pas (toujours) le gentil camp et le méchant camp, mais au sein de chacun les « bons » et les « méchants » sont très nettement distinguables.
    Bien sûr, c’est un univers « de la marine », donc les parangons de vertu aux défauts « excusables » (l’impétuosité, le recours à la violence, les badineries crâneuses sur ses capacités ne sont pas négativement perçus comme l’égoïsme, la lâcheté ou de se surestimer par orgueil) vont représenter certaines valeurs, rien à dire, le genre veut ça. Par contre, pourquoi tous les méchants sont-ils incompétents, fermés d’esprits, incapables d’une vision à long terme, conscients de sacrifier l’intérêt général, colériques, susceptibles ? Pourquoi sous-estiment-ils tous Honor par jalousie/haine ?
    La galerie pâtit énormément de ce manque de diversité, et la répétition des mêmes erreurs par les mêmes personnalités qui changent juste de nom et de visage empêche de trouver un quelconque intérêt à ces personnages qui deviennent juste l’excuse pour le dernier complot en cours.
    Pendant ce temps, beaucoup des « gentils » des différentes factions sont des gens qui ont tellement en commun, et notamment de respect mutuel, qu’ils seraient tous super potes qui iraient au brunch ensemble s’il n’y avait pas ce petit détail (généralement une guerre entre leurs pays). D’ailleurs, la plupart des conflits (ouverts ou non) et des dilemmes ne sont même pas le fait de convictions personnelles, mais de coïncidences, de mauvais endroit au mauvais moment, d’empilement de tuiles improbable (parfois orchestré par un intervenant, certes, mais comme pour les archétypes de personnages cette variation est maigre dans l’étendue des histoires racontées au fil des années/romans).
    Il y avait un personnage qui, potentiellement, sortait de tout ça, mais son histoire a été résolue au moment où il commençait à avoir les moyens d’apporter une nouvelle perspective sur tout ça, et j’en avais été très déçu à l’époque (pas de spoiler !). Dans un registre proche, la raison de la haine de la Reine pour Havre, bien que sortant de ces carcans, est au final un outil pour ce moteur « pas de bol » de l’histoire, et de la façon dont l’auteur l’écrit j’ai moins l’impression d’y voir le caractère de la Reine travaillée, qu’un pratique « Elle les hait donc les négociations c’pas trop ça » (bien que ce soit un gros défaut d’un des personnages autrement Sue, exception rarissime que j’apprécie dans la série).

    – space Jesus, ou les Sue. Mais ça, c’est exactement comme je résume mon opinion de toute façon : « En fait, ces bouquins sont très bien tant qu’on ne voit pas Honor ou ses proches ».
    Honor est une Mary Sue. Finie. L’auteur lui trouve des excuses pour tout, elle a toutes les qualités, et même quand elle a des défauts soit ça sert à la rendre un peu émo pour nous dire qu’elle a ses doutes et tout (« Oh non, je suis quelqu’un de violent. Mes démons intérieurs ! »), ou bien on y trouve une justification pour que ça reste un apport positif et pas une gêne. Il arrive même à la fois à nous la décrire comme pas belle (par le narrateur omniscient, pas quand il expose ses pensées à elle) mais à ce que tout le monde lui trouve une sorte de charme, de charisme qui la rend très séduisante. Tout le monde sous son commandement devient très doué (c’est dit explicitement, rapports de hiérarchie à l’appui), tous ses ennemis sont soit des incompétents aveuglés par la rage soit hyper-respectueux voire effrayés de son talent, la même chose peut être dite de l’apprécier en tant que personne. Elle est très intelligente et quand elle ne connaît pas un sujet c’est qu’elle s’en est volontairement tenue éloignée. Par son adoption et la façon dont la relation avec Nimitz se développe elle est exceptionnelle, même parmi les exceptions que sont les adoptés. Elle offre toujours aux autres, et quand elle pense à elle, quitte à outrepasser des règles ou abuser sa position, c’est toujours vu comme mérité ou un repos dû alors que c’est toujours un excès dans le cas d’un « méchant », etc.
    En fait, Honor et ses proches (au sens large) sont tellement, peut-être pas parfaits, mais au moins « irréprochables » parce qu’on leur excuse tout le négatif qui pourrait pointer le bout de son nez que je trouve que ce personnage nuit à la trame, il déforme tout autour de lui comme un puits de gravité. Ils n’apportent au final pas grand-chose, et la voir échouer uniquement pour des choses entièrement hors de son contrôle est lassant aussi. Il y a un double-standard même pas assumé (l’auteur tente de le justifier en expliquant comme tout le monde aime Honor et trouve qu’elle a raison, au moins dans le fond) qui nuit aux autres personnages.

    – l’écriture, un peu. J’ai hésité à le mélanger avec les parties précédentes, car c’est lié.
    Disons qu’au bout de la quinzième scène où le méchant de plus haut niveau du moment est affable et toujours calme et parlant d’une voix maîtrisée pour nous montrer que c’est une menace, ou bien où l’entourage non-purement-militaire de Honor fait le même genre d’humour, je n’y crois plus. Ça sonne juste artificiel, et on revient à l’idée d’archétypes plutôt que de personnages.
    Pour l’humour, en fait, c’est surtout le côté hyper-snob, très orgueilleux sans le dire, et forcé des plaisanteries. Si encore c’était assumé comme tel (tels nobles sont un peu snobinards et élevés comme ça, haute société, et c’est présenté au mieux de façon neutre) ça m’irait, mais les réactions décrites et surtout l’emphase mise sur le fait que tout le monde trouve ça très fin, très drôle, tout en jouant les innocents, montre pour moi que l’auteur nous dicte ce qu’on devrait en penser nous-même, et ça me dérange. Il y a une absence notable du « Show, don’t tell » dans toutes ces relations inter-personnelles et descriptions de personnalités, que j’ai déjà évoquée quand l’auteur ne nous convainc pas qu’Honor est géniale, mais nous le dit texto avec moult incitations à l’accepter comme la vérité factuelle.
    Pour ça je vais te reprendre sur une remarque que tu as faite : l’auteur ne nous inonde pas « dit-il », c’est vrai, et les didascalies sont généralement variées et j’ai rarement eu du mal à déterminer qui parlait même lors d’une réunion entre quatre personnages ou plus. Par contre, dès qu’un personnage doit être établi comme impactant, on a droit au regard plus froid qu’une lame, ou plus tranchant que des griffes d’hexapuma, ou les mêmes 3 ou 4 expressions différentes, toujours. Ce que je trouve au final assez iconique de la narration au hachoir de l’auteur, et de la façon dont il veut établir des personnages comme classes et charismatiques coûte que coûte et nous l’écrit en lettres capitales sur un tableau avec néons.

    Et dans tout ce négatif, alors ?
    Eh bien, j’ai repris ce sur quoi je n’étais pas d’accord avec toi, et après tout ma mention de l’aspect technique se voulait positive. 😛 Plus sérieusement, je prends plaisir à lire cette série *malgré* tout ça, preuve que je l’apprécie au final, et tu as mentionné plusieurs points positifs avec lesquels je suis d’accord (par exemple, si le fait que pas mal de personnages soient quasi interchangeables en termes de personnalité à ce stade n’empêche pas qu’ils étaient appréciables et intéressants avant d’en arriver là, pareil quand au début l’auteur fait trop d’exposition de nouveautés pour se répéter, ce qui rend les situations et échanges intéressants).
    Et puis, c’est déjà assez long sans devoir en plus doubler, non ? :’)

    • Déjà, un grand merci pour ce commentaire détaillé. Qu’on ne soit pas d’accord sur certains points n’est pas bien grave, en fait c’est même mieux : tu apportes certains points que je n’ai soit pas relevé soit sur lequel je ne suis pas d’accord, ça ne fait qu’enrichir l’article.

      Quelques précisions néanmoins : le space-opéra est, de base, de la SF, puisque c’est un sous genre de ce type d’histoire, mais la SF n’est pas nécessairement du space-opéra. Ca serait comme demander une précision pour l’uchronie, style que j’affectionne particulièrement, alors que ça fait parti des branches de la SF. La précision est donc redondante.

      Je ne nie pas l’intérêt de l’aspect technique, et encore, là, on n’est pas dans la « hard SF », et même si, comme tu le soulignes, cela permet de rappeler l’aspect clinique des combats, c’est parfois vraiment lourd. Néanmoins, et comme je le précisais dans l’article, le souci est surtout dans les premiers romans, ensuite l’auteur se calme et rend ce passage obligé bien plus digeste.

      Je ne connaissais pas le terme « Mary Sue », mais comme google est un très bon pote, il a pu m’expliquer que c’était un terme utilisé de façon péjorative pour les personnages bien trop idéalisés, souvent vus dans les fanfictions. Je ne sais pas si j’irais qualifier l’héroïne de Mary Sue, parce que si on part de là, la grande majorité des personnages, surtout en SF, pourrait être désignée ainsi. Les remises en question me semblent normales. Après est-ce trop ? C’est possible, mais comme tu le disais, on est dans un contexte militaire, avec toute une floppée de parangon. Comme pour les tartines de technique, l’auteur s’est calmé au fil des livres.

      Je ne vais pas reprendre tous tes propos, parce qu’au final, même si je ne serais pas aussi tranchante que toi sur certains points, je suis assez d’accord. Je terminerai juste sur ça « on a droit au regard plus froid qu’une lame, ou plus tranchant que des griffes d’hexapuma« , ça m’a fait rire. David Eddings a le même travers, un autre auteur qui maitrisait bien les dialogues et dont je parlerai très certainement un jour sur livreebooks. J’ai eu tendance à prendre souvent ces deux auteurs pour modèle pour les discussions de mes personnages, et on m’a fait remarqué que j’avais tendance à user un peu trop facilement de ce genre de formule, pas seulement pour les persos importants.

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